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Le 19/10/2014 -

Vincent m'a prévenu: « si tu n'écris pas l'édito dans le train qui te ramène de Lyon à Paris, jamais plus tu ne viendras au Festival Lumière. Je m'y emploierai de tout mon cœur. » Il a même été plus loin: « J'appellerai Thierry Fremaux, on causera Bruce Springsteen et Laurent Gerra. J'inviterai Tavernier à un machon et, pour me rendre sympathique à lui, je l'interrogerai sur les tous les détails de la vie de Charles Spaack. Frederic, je suis capable de tout pour Kaboom, tu sais. Si tu ne l'écris pas dare dare, je te jure qu'ils te fermeront pour toujours leurs portes. »

Vous pensez bien, chers auditeurs fidèles, que je dus m'exécuter au plus vite. Moi qui me voyais déjà confortablement délassé dans mon fauteuil, savourant des paquets entiers de mini saucissons Justin Machin en laissant mon esprit vagabonder sur les pâturages ondulés du Morvan, que nenni ! Que ne suis je donc en train de taper pour vous sur ma tablette à vitesse grand V.

Mais que voulez vous : une année sans le Festival Lumière n'en serait pas tout à fait une. Qu'elle serait triste, depuis cinq ans maintenant que nous nous y rendons comme en pèlerinage, cette année de cinéma sans cette manifestation ouverte à tous où l'on peut découvrir ou revoir dans des salles gigantesques et toujours bondées, des films d'hier, fameux ou inconnus, chefs d'œuvre ou perles que l'on croyait oubliées à jamais, perdues dans les caves privées.

Mais ne vous laissez pas tromper par l'aspect patrimonial, sépulcral du festival. À Lyon, comme à Cannes, on cause non stop cinéma. Au fond, il n'y a guère de différences. Simplement, on ne débat pas sur le dernier Coen ou Dardenne mais sur la découverte d'un Kotcheff ou la révision d'un Almodovar, d'un Capra, d'un Ida Lupino, d'un Sautet. On s'impatiente de voir la copie restaurée par Ettore Scola d'UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE. On s'excite de pourvoir jouir d'un Hitchcock que l'on ne connait pas. On se presse de se ruer aux projections de films espagnols rares réalisés sous Franco ou aux ciné concerts de films muets.

À la sortie des salles, on fait donc comme d'habitude. On critique, on se pâme, on s'enthousiasme, on argumente avec plus ou moins de mauvaise foi, parfois on s'engueule, comme à Kaboom avec Erwan et Nicolas. Untel trouve L’ARRANGEMENT de Kazan raté. L'autre, LA RUÉE de Capra aussi grand que ses plus fameux chefs d'œuvre. Un troisième sort bouleversé de la séance d’UN ÉTRANGE VOYAGE de Cavalier. On voit et on entend tout. Y en a même pour oser affirmer que « 2001, c'est bien mais uniquement sur le papier ! »

Parfois on découvre des cinéastes dont on ignorait tout. Pour nous, ils sont aussi jeunes et neufs que les nouveaux. Si dans d'autres festivals on s'interroge sur leur avenir, ici, on se demande plutôt si certaines réputations sont ou non usurpées. À Lyon, les films du passé revivent, ils font l'actualité. Aux centaines d'invités prestigieux qui les présentent d'en assurer la promotion

Au fond, Lumière ne muséifie pas le cinéma. C'est même sa plus grande vertu: il met à égalité les films d'hier avec ceux d'aujourd'hui. Ici, on se rend compte que tel auteur adoubé, ne nous passionnera jamais. Que tel autre, dont on adore la filmo, a aussi réalisé des films qui ne nous plairont jamais. Ce fut par exemple mon cas devant REFLETS DANS UN ŒIL D’OR de John Huston, film que j'ai rêvé des années durant de voir (parce que de Huston, parce que Brando) et dont la projo se révéla un calvaire. Tandis que L’ENTRAINEUSE d'Albert Valentin, film oublié d'un cinéaste qui l'est tout autant, fut une excellente surprise. Par exemple, j'y admirais Michèle Morgan dont le jeu sobre me stupéfia et me parut d'une étonnante modernité. Morgan fut pour moi une de mes grandes révélations de l'année, comme Adèle Haenel dans LES COMBATTANTS. Je rêve maintenant de voir la Morgan dans d'autres films, de la même façon que j'attends le prochain opus avec Haenel.

À Lumière, rien ne se fige. Les histoires du cinéma, les hiérarchies établies au fur et à mesure des années par la critique, se fissurent ou se consolident. Se complexifient assurément. Parfois aussi se ridiculisent. Le festival rend l'histoire plus souple, plus friable. Le cinéma, plus mystérieux.

On en revient la tête pleine de nouvelles interrogations, avec de nouvelles filmographies à (re) découvrir, explorer en attendant l'année prochaine. Tout cela au fond vaut bien de faire plaisir à Vincent.


Frédéric Mercier


Programme :
-

Films proposés :
-

Invité :
-

Durée :
01H03

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